
Le droit comme vocation, la transmission comme héritage
Dédicace de l’année 2026-2027 au Professeur Isaac Yankhoba Ndiaye
Une année pour célébrer une figure majeure du droit africain. Il est des universitaires dont la carrière se mesure à la somme de leurs publications, à la succession de leurs responsabilités ou au nombre de générations d’étudiants qu’ils ont accompagnées. Il en est d’autres dont l’empreinte dépasse largement ces indicateurs, parce qu’ils ont contribué à façonner une école de pensée, une manière d’enseigner, une conception de la recherche et, plus largement, une certaine idée de l’université et du droit. Le Professeur Isaac Yankhoba Ndiaye appartient incontestablement à cette seconde catégorie. C’est précisément cette conviction qui nous a conduit, dans le cadre de notre politique éditoriale intitulée « Une année, un auteur », à consacrer l’année 2026-2027 au Professeur Isaac Yankhoba Ndiaye, le Doyen Jacob.
Après avoir consacré l’année 2025-2026 au Professeur Yves Chaput, nous poursuivons cette démarche de reconnaissance à l’égard des grandes figures qui ont contribué, par leur œuvre et leur engagement, à faire vivre la pensée juridique. Le choix du Professeur Isaac Yankhoba Ndiaye s’inscrit naturellement dans cette ambition. Il est le choix d’un juriste dont le parcours épouse plusieurs dimensions essentielles de la vie du droit : la science, l’enseignement, la formation, la responsabilité institutionnelle, la réflexion doctrinale et la transmission. Professeur titulaire des Universités, agrégé de droit privé et professeur titulaire de classe exceptionnelle, le Professeur Isaac Yankhoba Ndiaye est rattaché à la Faculté des Sciences juridiques et politiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Mais une telle présentation statutaire, pour exacte qu’elle soit, ne saurait suffire à rendre compte de l’homme et du juriste. Car le Professeur Ndiaye est de ceux dont le parcours universitaire ne se réduit pas à des titres. Il est de ceux dont la présence dans une institution devient, avec le temps, une partie de la mémoire de cette institution.
1. Une figure de l’Université et de la Faculté de droit de Dakar
L’histoire de la Faculté des Sciences juridiques et politiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar est intimement liée à celle de la formation juridique en Afrique francophone. Depuis les premières années de l’École de droit de Dakar, l’institution s’est progressivement affirmée comme l’un des grands foyers de formation, de recherche et de diffusion de la pensée juridique sur le continent. Dans cette histoire, le Professeur Isaac Yankhoba Ndiaye occupe une place particulière. Il fut le neuvième doyen de la Faculté, de 2001 à 2007, succédant à Moustapha Sourang et précédant le Professeur Ndiaw Diouf. Cette responsabilité l’inscrit dans une prestigieuse succession de doyens qui comprend notamment Roger Decoutignies, Seydou Madani Sy, Abdoulaye Wade, Ibrahima Fall et Abdel Kader Boye.
Être doyen d’une faculté de droit ne signifie pas seulement administrer une institution. C’est aussi porter une vision de l’Université, arbitrer entre les exigences de la formation et celles de la recherche, accompagner les enseignants, écouter les étudiants, préserver la qualité des enseignements et participer au rayonnement de l’institution. Le passage du Professeur Ndiaye à la tête de la Faculté participe ainsi d’une trajectoire institutionnelle qui mérite d’être rappelée et célébrée. Sa conception de l’Université semble toujours avoir été indissociable d’une certaine exigence : celle de former des juristes capables non seulement de connaître les règles, mais également de comprendre les sociétés auxquelles ces règles sont destinées. Cette exigence explique sans doute la place que la formation occupe dans son parcours.
Le professeur de droit est, avant tout, un passeur. Il reçoit une tradition juridique, la questionne, la renouvelle et la transmet à ceux qui lui succèdent. C’est dans cette transmission que réside l’une des formes les plus durables de la grandeur universitaire. Les livres peuvent être relus ; les articles peuvent être cités ; les décisions peuvent être commentées. Mais la parole d’un maître, reçue au moment décisif d’une formation, peut transformer durablement une vocation. Le témoignage d’anciens étudiants et de confrères souligne justement cette dimension. Dans un hommage diffusé à l’occasion des Mélanges en son honneur, le Professeur Ndiaye est décrit comme une personnalité dont l’objectivité scientifique, la maîtrise du verbe et l’amour du droit ont marqué plusieurs générations d’étudiants. Cette dimension pédagogique constitue probablement l’un des traits les plus significatifs de son héritage.
2. Un juriste dont la parole participe à la construction du droit
Le Professeur Isaac Yankhoba Ndiaye appartient à cette génération de juristes africains qui ont compris que la science du droit ne pouvait se satisfaire d’une simple réception des catégories juridiques héritées. Son œuvre s’inscrit dans une réflexion plus large sur la place du droit dans les sociétés africaines et sur la capacité des juristes du continent à produire eux-mêmes les outils conceptuels nécessaires à la compréhension de leurs réalités. Cette préoccupation apparaît avec force dans les travaux qui lui sont consacrés et auxquels il a lui-même contribué. Parmi ses domaines de réflexion figure notamment le droit privé, mais sa pensée se déploie également vers des questions qui touchent à l’organisation sociale, à la régulation économique, à la responsabilité et aux rapports entre le droit et les transformations contemporaines. L’ouvrage La responsabilité sociale des entreprises, recensé dans l’annuaire scientifique de l’UCAD, illustre cette volonté d’appréhender le droit dans son rapport avec les mutations économiques et sociales. La question est particulièrement importante pour une revue consacrée au droit des affaires et économique. L’entreprise contemporaine n’est plus seulement une organisation destinée à produire des richesses. Elle est aussi un acteur social, environnemental et institutionnel. La réflexion sur sa responsabilité traduit donc l’évolution d’un droit qui ne peut plus ignorer les conséquences de l’activité économique sur la collectivité. Cette ouverture témoigne d’une conception du droit qui refuse de séparer artificiellement les disciplines et les réalités.
Le Professeur Ndiaye s’est également intéressé aux rapports entre les normes juridiques et les transformations technologiques. Les travaux qu’il a dirigés dans le cadre de l’encadrement doctoral montrent l’ampleur de cette préoccupation. C'est le cas d'une thèse consacrée au droit de la preuve et aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, ainsi que des travaux portant sur l’activité de presse, les obligations d’information du banquier, les créanciers sociaux dans le cautionnement et les produits biotechnologiques dans l’espace UEMOA. Cette diversité n’est pas dispersion. Elle traduit, au contraire, une même conviction : le droit doit être capable de dialoguer avec les transformations de son temps. Le juriste véritable n’est donc pas celui qui répète les catégories existantes ; il est celui qui sait identifier les situations nouvelles auxquelles ces catégories doivent être confrontées. C’est également ce qui explique l’intérêt de sa réflexion pour le droit africain.
III. Penser le droit en Afrique, penser l’Afrique par le droit
L’un des enjeux majeurs de la pensée juridique contemporaine en Afrique réside dans la capacité à dépasser une opposition devenue stérile entre, d’une part, l’idée d’un droit importé et, d’autre part, celle d’un droit prétendument entièrement autonome. Le véritable défi est ailleurs : il consiste à construire une science juridique africaine capable d’assumer son histoire, de dialoguer avec les grandes traditions juridiques et de répondre aux réalités contemporaines des sociétés africaines. Le Professeur Isaac Yankhoba Ndiaye s’inscrit dans cette dynamique. La publication de travaux portant sur « L’Afrique du droit et le droit en Afrique », notamment avec le Professeur Abdoul Aziz Diouf, est à cet égard particulièrement révélatrice. Le texte s’intéresse à la relation entre l’Afrique et le droit et invite à approfondir la réflexion sur le droit comme discipline et comme norme de conduite sociale sur le continent. Cette problématique rejoint directement la vocation d’une revue africaine de droit des affaires et économique. Car le développement du droit africain ne peut être dissocié des transformations économiques du continent. L’intégration régionale, l’OHADA, l’UEMOA, la circulation des capitaux, la transformation numérique, la responsabilité des entreprises, la protection des consommateurs, la gouvernance des sociétés et les nouvelles formes d’entrepreneuriat imposent de repenser constamment les catégories juridiques. Le droit africain des affaires est ainsi devenu un formidable laboratoire de la pensée juridique. Dans ce laboratoire, le Professeur Ndiaye représente une génération de juristes qui ont contribué à faire passer le droit africain d’un statut de simple objet d’étude à celui de terrain de production doctrinale. Célébrer le Professeur Ndiaye, c’est donc aussi célébrer cette ambition : celle d’une Afrique qui pense son droit, écrit son droit, enseigne son droit et contribue, par ses juristes, au renouvellement de la science juridique universelle.
1. Le maître et la transmission : une autre manière d’écrire
Il existe une forme d’écriture qui ne se trouve dans aucun livre. C’est celle qui s’inscrit dans la mémoire des étudiants. Un enseignant peut laisser derrière lui des articles, des ouvrages, des commentaires et des contributions doctrinales. Mais son influence la plus profonde peut résider dans les générations de juristes qu’il a contribué à former. À cet égard, le Professeur Isaac Yankhoba Ndiaye apparaît comme un véritable maître de transmission. La liste des travaux doctoraux qu’il a encadrés témoigne de cette implication dans la formation de jeunes chercheurs. Ces thèses abordent des sujets aussi variés que la preuve et les nouvelles technologies, la presse, le droit bancaire, le cautionnement ou encore les produits biotechnologiques dans l’espace UEMOA. Cette diversité révèle une pédagogie ouverte sur les transformations de la société. Former un doctorant, ce n’est pas seulement l'aider à achever une thèse. C’est l’initier à une méthode, lui apprendre à problématiser, à douter, à argumenter, à respecter la contradiction scientifique et, surtout, à comprendre que la recherche juridique est une œuvre de patience et de responsabilité. C’est pourquoi l’héritage d’un professeur ne peut être mesuré uniquement à l’aune de sa bibliographie. Il se mesure aussi à la qualité de ceux qu’il a formés. Les maîtres les plus féconds sont ceux dont les étudiants finissent par devenir, à leur tour, les maîtres d’autres étudiants. Ainsi se constitue une véritable chaîne de transmission. Une école juridique naît moins de l’uniformité des idées que de la capacité d’un maître à susciter chez ses disciples le désir de penser par eux-mêmes. Le Professeur Ndiaye semble avoir incarné cette conception exigeante de la relation pédagogique. Son attachement au droit, sa maîtrise de la parole et son goût de la discussion intellectuelle ont contribué à faire de l’enseignement juridique non pas un simple exercice académique, mais une véritable école de la pensée.
2. L’art de la parole et la culture du débat juridique
Le droit est une science de l’écrit, mais il est aussi une science de la parole. Il faut savoir écrire une démonstration, mais il faut également savoir la défendre. Il faut savoir citer la règle, mais il faut aussi savoir convaincre de sa pertinence. Il faut savoir exposer une solution, mais il faut surtout être capable d’en discuter les fondements. La personnalité intellectuelle du Professeur Ndiaye est fortement associée à cette maîtrise du verbe. Un portrait qui lui a été consacré en 2026 souligne notamment son attachement à la rhétorique et rappelle son parcours universitaire et institutionnel. Il est également président du Conseil d’administration du Centre de formation judiciaire. Cette responsabilité est particulièrement significative. La formation des professionnels de la justice prolonge naturellement l’œuvre universitaire. Le juriste ne peut être pleinement utile à la société que si la science juridique nourrit également la pratique. Former ceux qui seront appelés à exercer des responsabilités judiciaires revient à contribuer directement à la qualité de l’État de droit. La conception exprimée par le Professeur Ndiaye à propos du magistrat est à cet égard éclairante : compétence, indépendance, impartialité et formation continue apparaissent comme des exigences essentielles de la fonction judiciaire. Voilà qui résume une certaine philosophie du droit : la compétence juridique n'est jamais définitivement acquise. Le droit évolue. Les sociétés évoluent. Les technologies évoluent. Les rapports économiques évoluent. Le juge, l’avocat, le professeur, le chercheur et tous les professionnels du droit doivent donc eux aussi continuer à apprendre. Cette conception de la formation permanente rejoint l’une des préoccupations fondamentales de la Revue africaine de droit des affaires et économique : accompagner les mutations du droit africain par la réflexion, le débat et la diffusion des connaissances.
3. Le bâtisseur d’institutions et de communautés scientifiques
Une grande figure universitaire se reconnaît également à sa capacité à construire des espaces de dialogue. Le Professeur Ndiaye a exercé des responsabilités qui dépassent le cadre de l’enseignement stricto sensu. Il est notamment directeur de publication de la Revue Sénégalaise de Droit. Diriger une revue juridique, c’est accepter une responsabilité particulière : celle de participer à la structuration de la communauté scientifique. Une revue est un lieu où se rencontrent les générations. Les professeurs y côtoient les jeunes chercheurs ; la doctrine y dialogue avec la jurisprudence ; les analyses nationales rencontrent les perspectives comparées ; les débats contemporains y trouvent un espace de confrontation scientifique. La direction éditoriale d’une revue est donc elle-même un acte de transmission. En assurant la direction de publication de la Revue Sénégalaise de Droit, le Professeur Ndiaye contribue à entretenir cet espace de discussion doctrinale et à maintenir vivante une tradition de publication juridique au Sénégal. Cette responsabilité prolonge son œuvre d’enseignant : après avoir transmis dans l’amphithéâtre, il contribue à organiser la transmission par l’écrit. Son engagement dans différentes structures scientifiques et professionnelles participe de la même logique. Aujourd’hui encore, son expertise continue d’être sollicitée. Il préside notamment les conseils d’orientation stratégique et scientifique et académique de BEM School of Law.
Ce parcours témoigne d’une remarquable continuité : de la salle de cours à la direction d’une faculté, de la recherche à l’édition scientifique, de la formation universitaire à la formation judiciaire et au conseil institutionnel, le Professeur Ndiaye n’a cessé de placer la connaissance juridique au service de la société.
VII. Un maître honoré par ses pairs et par ses disciples
Le meilleur hommage à un universitaire est parfois celui que ses collègues et ses anciens étudiants lui rendent spontanément. Le Professeur Isaac Yankhoba Ndiaye a fait l’objet de Mélanges en son honneur, sous le titre évocateur Le droit africain à la quête de son identité, publiés en 2021. Le fait que ces Mélanges réunissent des contributions portant sur des problématiques diverses du droit africain constitue en soi un témoignage de la richesse de son influence intellectuelle.
Les Mélanges universitaires constituent une tradition ancienne et noble. Ils ne sont pas seulement un recueil de textes offert à un professeur. Ils représentent une forme de reconnaissance collective. Les collègues, disciples et amis scientifiques y disent, chacun à leur manière, ce que l’œuvre du dédicataire a suscité chez eux. Que le titre même des Mélanges consacrés au Professeur Ndiaye soit Le droit africain à la quête de son identité est particulièrement significatif. Il fait écho à une question qui dépasse sa seule œuvre personnelle : celle de l’identité et de l’autonomie de la pensée juridique africaine. Ainsi, le Professeur Ndiaye n’est pas seulement honoré pour ce qu’il a écrit. Il l’est aussi pour les débats qu’il a suscités, les chercheurs qu’il a accompagnés et les institutions auxquelles il a apporté son expérience. L’hommage devient alors collectif. Et c’est précisément cette dimension collective que nous prolongeons en faisant de l’année 2026-2027 l’Année du Professeur Isaac Yankhoba Ndiaye.
VIII. Pourquoi une année pour un auteur ?
Consacrer une année à un auteur peut sembler, au premier regard, relever d’une démarche symbolique. Elle l’est. Mais elle est aussi profondément scientifique. Dans un monde universitaire marqué par l’accélération de la production scientifique, par la multiplication des publications et par la circulation rapide des informations, il devient nécessaire de prendre le temps de revenir sur les œuvres qui ont véritablement compté. Une année consacrée à un auteur permet de relire une trajectoire. Elle invite à revisiter les écrits, à interroger leur actualité, à mesurer leur influence et à réfléchir à leur postérité. L’initiative « Une année, un auteur » de la Revue africaine de droit des affaires et économique s’inscrit dans cette perspective. Elle ne vise pas à figer un auteur dans une image définitive. Elle entend, au contraire, remettre son œuvre en mouvement, la confronter aux questions présentes et permettre aux nouvelles générations de chercheurs de la redécouvrir. Après Yves Chaput, dont l’année 2025-2026 a permis de mettre en lumière une autre grande figure de la pensée juridique, le choix d’Isaac Yankhoba Ndiaye pour 2026-2027 traduit notre volonté de poursuivre un dialogue entre les traditions juridiques, les générations et les espaces scientifiques. Il s’agit de célébrer un homme, mais surtout de faire vivre une œuvre.
1. L’Année Isaac Yankhoba Ndiaye : une invitation à poursuivre l’œuvre
L’année 2026-2027 ne doit donc pas être seulement une année de commémoration. Elle doit être une année de lecture, de réflexion et de transmission. Nous entendons faire de cette période un espace privilégié pour revisiter les thèmes chers au Professeur Ndiaye : le droit privé, le droit des affaires, la responsabilité, la régulation économique, la formation des juristes, la transformation du droit sous l’effet des technologies, la place du droit dans les sociétés africaines et, plus largement, la construction d’une pensée juridique africaine capable de dialoguer avec le monde. La meilleure manière d’honorer un maître n’est-elle pas de poursuivre les questions qu’il a contribué à poser ? Le véritable hommage n’est pas la répétition de ce qui a déjà été dit. Il est la capacité à prolonger la réflexion. L’Année Isaac Yankhoba Ndiaye devra ainsi être une invitation adressée aux enseignants-chercheurs, aux praticiens du droit, aux doctorants et aux étudiants : lisez, discutez, critiquez, prolongez. Car une œuvre scientifique n’est véritablement vivante que lorsqu’elle continue de susciter le débat.
Conclusion - Un nom, une œuvre, une école
Au terme de cette présentation, le choix du Professeur Isaac Yankhoba Ndiaye apparaît comme une évidence. Évidence d’abord par son parcours : professeur titulaire, agrégé de droit privé, ancien doyen de la Faculté des Sciences juridiques et politiques de l’UCAD, acteur de la formation et de la recherche, responsable éditorial et institutionnel. Évidence ensuite par son œuvre : une œuvre attentive aux transformations du droit, à ses rapports avec l’économie et la société et à la nécessité de penser le droit à partir des réalités africaines. Évidence enfin par son héritage humain et pédagogique : celui d’un maître dont la parole, l’exigence scientifique et l’engagement dans la formation ont marqué plusieurs générations. Il faut donc saluer, en lui, non seulement le professeur, mais le maître ; non seulement le juriste, mais le passeur ; non seulement l’auteur, mais le bâtisseur d’une communauté scientifique.
Le Professeur Isaac Yankhoba Ndiaye appartient à cette catégorie rare d’universitaires dont l’œuvre ne s’arrête pas au seuil de leur cabinet ou de leur bibliothèque. Elle se prolonge dans les facultés, dans les juridictions, dans les cabinets, dans les administrations, dans les centres de formation, dans les revues et, surtout, dans l’esprit de ceux qu’ils ont formés. C’est pourquoi nous sommes heureux et honoré de lui consacrer son année 2026-2027.
Une année pour lire son œuvre; une année pour comprendre son parcours; une année pour entendre les voix de ses disciples et de ses pairs; une année pour interroger l’actualité de sa pensée; une année, enfin, pour célébrer la transmission. Car au-delà des titres et des distinctions, au-delà des fonctions et des publications, ce qui demeure d’un grand professeur est peut-être cette capacité singulière à donner à ceux qui l’écoutent le goût de comprendre, le goût de chercher et le goût de transmettre à leur tour. Le Professeur Isaac Yankhoba Ndiaye a consacré une part essentielle de sa vie au droit et à ceux qui le font vivre. À notre tour, pendant cette année 2026-2027, nous consacrons le droit à sa mémoire scientifique, à son œuvre et à son héritage. Eurêka-SAS proclame ainsi, avec respect, reconnaissance et admiration : 2026-2027 : ANNÉE ISAAC YANKHOBA NDIAYE - Le droit comme vocation, la transmission comme héritage.
Bibliographie indicative
Formation
Né à Thiès, Isaac Yankhoba Ndiaye a fait ses études de droit à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), où il obtient une maîtrise en droit privé, option judiciaire, en 1979. Il poursuit ensuite sa formation à l’Université de Poitiers, en France, notamment en droit du travail et en droit privé fondamental. Il obtient également un DEA de droit social. En 1989, il soutient son doctorat d’État en droit privé, mention droit du travail, puis est reçu à l’agrégation des facultés de droit en droit privé en 1993 (dans son jury d'agrégation, on relève la présente du Professeur Philippe Delebecque, alors professeur agrégé de droit privé à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne).
Carrière universitaire
Il commence à enseigner à l’UCAD au début des années 1980 et devient progressivement l’une des grandes figures de la Faculté des Sciences juridiques et politiques. Il est notamment chef du département de droit privé, assesseur, puis doyen de la Faculté de 2001 à 2007. Il a également été vice-président de l’Assemblée de l’UCAD.
Fonctions institutionnelles
Sa carrière dépasse largement l'université. Il est nommé vice-président du Conseil constitutionnel du Sénégal en 2009, fonction qu'il exerce jusqu'en 2015. Il a également été secrétaire général de la Conférence des juridictions constitutionnelles africaines. Il continue par ailleurs à participer à l’enseignement et à la formation des juristes en Afrique.